Les agents CMR regroupent les substances et mélanges classés Cancérogènes, Mutagènes ou toxiques pour la Reproduction. Contrairement à de nombreux dangers chimiques, leurs effets peuvent apparaître longtemps après l'exposition, ce qui rend la prévention d'autant plus exigeante : on ne peut pas attendre un signal immédiat pour agir.
Ce risque ne concerne pas uniquement l'industrie chimique. Poussières de bois, fumées de soudage, certains solvants, huiles minérales usagées ou encore la silice cristalline peuvent relever de cette classification selon les situations d'usage.
Ce que recouvre la classification CMR
La classification distingue des catégories selon le niveau de preuve scientifique disponible : effet avéré chez l'humain, effet présumé, ou simple suspicion. Cette classification figure sur l'étiquette et dans la fiche de données de sécurité (FDS) du produit, rubriques 2 et 15 notamment.
- Cancérogène : susceptible de provoquer ou de favoriser l'apparition d'un cancer
- Mutagène : susceptible d'induire des altérations génétiques transmissibles
- Reprotoxique : susceptible d'altérer la fertilité ou le développement de l'enfant à naître
Un produit non explicitement étiqueté CMR peut néanmoins en libérer lors de son usage : c'est le cas de certaines poussières générées par découpe ou ponçage. L'évaluation doit porter sur le procédé, pas seulement sur l'étiquette du produit acheté.
Repérer les situations d'exposition
Le repérage suppose un inventaire précis des produits utilisés, mais aussi des procédés susceptibles de générer des agents CMR sans qu'aucun produit CMR n'ait été acheté en tant que tel (poussières de bois ou de silice, fumées de soudage, gaz d'échappement diesel).
- Recenser les produits et consulter systématiquement leur FDS
- Identifier les opérations générant des poussières, fumées ou vapeurs
- Lister les postes et les personnes concernées, y compris de façon occasionnelle
- Évaluer la fréquence, la durée et les conditions d'exposition
- Consigner le résultat dans le document unique
La démarche de prévention à privilégier
La réglementation impose une hiérarchie des mesures : la substitution du produit ou du procédé constitue la priorité. Lorsqu'elle est impossible, l'exposition doit être réduite au niveau le plus bas techniquement possible, en travaillant en priorité en système clos.
| Niveau d'action | Exemple de mesure | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Substitution | Remplacer un solvant CMR par un produit non classé | Vérifier l'absence de transfert de risque vers un autre danger |
| Captage à la source | Aspiration au plus près du point d'émission | Entretenir et contrôler régulièrement l'efficacité |
| Protection collective | Confinement, ventilation générale | Ne pas se substituer à la réduction à la source |
| Protection individuelle | Appareil de protection respiratoire adapté | Choisir selon le polluant réel, former au port et à l'entretien |
Ces mesures s'accompagnent d'une formation spécifique des personnes exposées, d'une signalisation des zones concernées et de règles d'hygiène strictes (vestiaires séparés, interdiction de manger sur le poste).
Suivi individuel et traçabilité
Les personnes exposées à des agents CMR bénéficient d'un suivi individuel renforcé assuré par le service de prévention et de santé au travail. L'employeur doit également assurer la traçabilité des expositions, notamment via une fiche d'exposition tenue à jour.
Cette traçabilité protège les personnes concernées sur le long terme, y compris après leur départ de l'entreprise, et permet de retrouver l'historique d'exposition en cas de besoin médical ou de reconnaissance de maladie professionnelle.
Le risque CMR s'inscrit plus largement dans le risque chimique, dont il constitue le volet le plus sensible. Une évaluation globale du risque chimique doit systématiquement identifier les agents CMR pour leur appliquer les mesures renforcées attendues.
