Le bruit est l'un des risques professionnels les plus répandus et l'un des plus sous-évalués. La perte auditive d'origine professionnelle progresse lentement, ne provoque aucune douleur et n'est constatée qu'une fois installée. À ce stade, elle est définitive : aucune récupération n'est possible.
Au-delà de l'audition, l'exposition prolongée génère de la fatigue, gêne la communication et masque les signaux d'alerte. Elle participe donc directement au risque d'accident, notamment en atelier, sur chantier et dans les zones de circulation d'engins.
Les seuils réglementaires à connaître
Le Code du travail fixe des niveaux d'action et une valeur limite. Les seuils s'expriment en niveau moyen sur huit heures (dB(A)) et en niveau de crête (dB(C)).
| Seuil | Exposition sur 8 h | Pression de crête | Ce que l'employeur doit faire |
|---|---|---|---|
| Valeur d'exposition inférieure | 80 dB(A) | 135 dB(C) | Mettre des protections auditives à disposition, informer et former, proposer un examen audiométrique |
| Valeur d'exposition supérieure | 85 dB(A) | 137 dB(C) | Rendre le port des protections obligatoire, signaler les zones, engager un programme de réduction du bruit |
| Valeur limite | 87 dB(A) | 140 dB(C) | Ne jamais être dépassée, protection auditive comprise : agir immédiatement en cas de dépassement |
La valeur limite de 87 dB(A) s'apprécie protection auditive portée. Les niveaux d'action, eux, s'apprécient sans protection : c'est une confusion fréquente qui conduit à sous-estimer l'exposition réelle.
Évaluer l'exposition réelle
L'évaluation ne se limite pas à un relevé ponctuel au sonomètre. Ce qui compte est la dose reçue par la personne sur une journée type, ce qui suppose de reconstituer le déroulement réel du travail.
- Identifier les sources : machines, outils portatifs, air comprimé, chocs, circulation d'engins
- Décrire les situations de travail et leur durée réelle, y compris les phases courtes très bruyantes
- Mesurer par dosimétrie individuelle lorsque les postes sont mobiles ou les niveaux fluctuants
- Repérer les personnes les plus exposées, dont les intérimaires et les prestataires
- Consigner les résultats et la méthode dans le document unique
Le mesurage doit être renouvelé lorsque les équipements, l'implantation ou l'organisation changent. Sans cela, l'évaluation devient rapidement une photographie périmée.
Réduire le bruit dans le bon ordre
Les principes généraux de prévention imposent d'agir d'abord sur la source, puis sur la propagation, et seulement ensuite sur la personne. La protection individuelle est utile mais elle reste la dernière barrière, la plus fragile car elle dépend du port effectif.
- À la source : choisir des équipements moins bruyants dès l'achat, entretenir, amortir les chocs, remplacer les soufflettes
- Sur la propagation : capotage, écrans, traitement acoustique des locaux, éloignement des postes
- Sur l'organisation : rotation, réduction des durées d'exposition, planification des travaux bruyants
- Sur la personne : protections adaptées au niveau et à la tâche, essayage, remplacement régulier
Une protection surdimensionnée isole trop : la personne n'entend plus les alarmes ni ses collègues, et finit par la retirer. Le bon choix est celui qui ramène l'exposition sous le seuil sans couper la personne de son environnement.
Suivi de santé et traçabilité
Au-delà de 85 dB(A), un suivi audiométrique doit être proposé par le service de prévention et de santé au travail. Ce suivi n'est pas une formalité : il permet de détecter une atteinte débutante et d'ajuster les mesures avant que le déficit ne devienne handicapant.
La traçabilité compte aussi sur le plan juridique. En cas de reconnaissance d'une surdité professionnelle, l'employeur doit pouvoir démontrer les évaluations réalisées, les moyens mis en place et la formation dispensée.
